L’Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du secteur privé en France. En 2026, la valeur de service du point reste gelée à 1,4386 €, une première depuis la fusion des deux régimes en 2019. Le malus de 10 % qui pénalisait certains départs a été définitivement supprimé.
Ce guide détaille le fonctionnement du système à points, les taux de cotisation applicables en 2026, la formule de calcul de votre future pension complémentaire, et ce que ce gel inédit change concrètement pour les actifs et les retraités.
Qu’est-ce que l’Agirc-Arrco ?
L’Agirc-Arrco est le régime obligatoire de retraite complémentaire pour l’ensemble des salariés du secteur privé, qu’ils soient cadres ou non-cadres. Il vient s’ajouter à la retraite de base versée par la Sécurité sociale, sans jamais s’y substituer.
Ce régime représente une part considérable du niveau de vie des retraités du privé : la retraite complémentaire Agirc-Arrco constitue en moyenne 30 % à 40 % de la pension totale perçue, un poids souvent sous-estimé par les actifs qui se concentrent surtout sur leur régime de base.
Depuis 2019, les anciens régimes Agirc (cadres) et Arrco (non-cadres) ont fusionné en un seul système unifié, avec des règles de cotisation et de calcul désormais communes à tous les salariés du privé, quel que soit leur statut.
Le gel historique du point en 2026
C’est l’événement le plus marquant de l’année pour ce régime. La valeur de service du point, fixée depuis le 1er novembre 2024, reste inchangée à 1,4386 € jusqu’au 31 octobre 2026, conformément à la circulaire Agirc-Arrco 2025-15-DT du 23 octobre 2025.
C’est le premier gel de cette valeur depuis la création du régime unifié en 2019. Habituellement, la valeur du point est revalorisée chaque année en novembre, en fonction de l’inflation, selon un accord négocié entre partenaires sociaux (syndicats et patronat).
Pour les retraités actuels, ce gel signifie une stabilité nominale de leur pension complémentaire sur la période, mais une érosion réelle de leur pouvoir d’achat si l’inflation continue de progresser sur la même durée.
Comment les points sont-ils acquis pendant la carrière ?
Le principe de base
Chaque année, une partie du salaire brut soumis à cotisation est convertie en points, selon la formule suivante :
Nombre de points acquis = Montant des cotisations génératrices de droits ÷ Prix d’achat du point
En 2026, le prix d’achat du point s’établit à 20,1877 €, un montant inchangé par rapport à 2025. Ce prix évolue en principe chaque 1er janvier, selon le salaire annuel moyen des actifs cotisants au régime, conformément à l’accord national interprofessionnel du 5 novembre 2023.
Exemple de calcul
Si un salarié verse 5 000 € de cotisations génératrices de droits sur une année, avec un prix d’achat du point à 18 €, le calcul donne : 5 000 ÷ 18 = 277 points acquis sur l’année. Ces points s’additionnent à ceux déjà accumulés au fil de la carrière.
Les taux de cotisation par tranche
Les cotisations Agirc-Arrco s’appliquent sur deux tranches de salaire distinctes, avec des taux différents pour chacune.
| Tranche | Assiette | Taux global | Taux contractuel (générateur de points) |
|---|---|---|---|
| Tranche 1 | Jusqu’au PASS annuel | 7,87 % | 6,20 % |
| Tranche 2 | De 1 à 8 fois le PASS | 21,59 % | 17 % |
Ces taux sont dits contractuels parce qu’ils résultent d’un accord collectif national signé entre organisations patronales et syndicales représentatives.
Le piège du taux d’appel à 127 %
C’est un point que de nombreux salariés ignorent, et qui mérite une explication claire. Un coefficient d’appel de 127 % s’applique sur les cotisations contractuelles. Concrètement, vous cotisez plus que ce qui vous rapporte réellement en points.
Seule la part correspondant au taux contractuel (6,20 % en tranche 1, 17 % en tranche 2) génère des droits à points. Le surplus, lié au taux d’appel, sert uniquement à financer l’équilibre financier global du régime, sans générer de contrepartie individuelle. Ce mécanisme constitue une réserve de solidarité entre les générations de cotisants.
La répartition entre employeur et salarié
Sur votre fiche de paie, l’effort de cotisation est partagé de façon inégale : l’employeur prend en charge environ 60 % du montant global des cotisations, contre 40 % pour le salarié, ce qui allège d’autant le poids sur le salaire net perçu chaque mois.
La fin définitive du système malus-bonus
C’est le second grand changement de ces dernières années pour ce régime. Depuis avril 2024, le fameux coefficient de solidarité, plus connu sous le nom de malus de 10 %, a été définitivement supprimé.
Ce que ce malus pénalisait auparavant
Avant sa suppression, ce mécanisme réduisait de 10 % la pension complémentaire pendant 3 ans pour les assurés qui liquidaient leurs droits dès l’âge légal, sans attendre une année supplémentaire. Ce malus disparaissait automatiquement à 67 ans, ou après un an d’attente au-delà de l’âge légal.
À l’inverse, un système de bonus existait en parallèle, avec des paliers de majoration allant de +10 % à +30 % selon la durée du report du départ (2, 3 ou 4 ans après l’âge légal), chaque palier s’appliquant pendant une durée limitée d’un an.
Ce qui reste en 2026
L’ensemble de cette mécanique bonus-malus a totalement disparu. En 2026, plus aucun nouveau retraité ne subit ce coefficient minorant, ni ne bénéficie du bonus associé. Seul subsiste le coefficient d’anticipation définitif, qui relève d’une logique distincte : il s’agit d’une décote liée à un nombre de trimestres manquants, et non d’une pénalité liée à l’absence de report d’un an après l’âge légal.
Point important à connaître : cette suppression n’est pas rétroactive. Les retraités qui ont subi le malus par le passé, avant sa suppression, ne bénéficient d’aucun remboursement ni régularisation sur les mois déjà versés sous cette minoration.
Comment calculer sa pension complémentaire ?
Une fois à la retraite, le calcul de la pension Agirc-Arrco suit une formule simple :
Pension annuelle brute = Nombre total de points × Valeur de service du point
Exemple concret
Un salarié ayant accumulé 10 000 points sur l’ensemble de sa carrière perçoit, avec la valeur de service 2026 de 1,4386 €, une pension de : 10 000 × 1,4386 = 14 386 € bruts par an, soit environ 1 199 € par mois, avant prélèvements sociaux (CSG, CRDS notamment).
Comment optimiser sa retraite complémentaire ?
Plusieurs leviers permettent d’agir concrètement sur le montant final de sa pension Agirc-Arrco.
Vérifier son relevé de points régulièrement
Les erreurs sur les relevés de carrière restent fréquentes, notamment en cas de changement d’employeur, de période à temps partiel ou d’interruption de carrière. Une vérification s’impose systématiquement avant tout départ à la retraite, pour corriger d’éventuelles anomalies à temps.
Envisager le rachat de points
Ce dispositif permet de compenser certaines périodes creuses de la carrière, sous conditions, moyennant un versement complémentaire dont le coût dépend de l’âge et de la situation du cotisant.
Cotiser à taux plein même à temps partiel
Certains accords collectifs permettent de maintenir une cotisation calculée sur un temps plein, même en cas de réduction effective du temps de travail, ce qui préserve l’acquisition de points sur cette période.
Vérifier l’éligibilité à la Tranche C
Certains cadres dirigeants bénéficient d’une tranche de cotisation supplémentaire, qu’il convient de vérifier attentivement sur son relevé de carrière.
Ces réflexes d’optimisation rejoignent une logique de gestion patrimoniale globale que nous détaillons dans notre article sur le taux de remplacement à la retraite, où l’anticipation reste toujours le facteur le plus déterminant.
Ce que les employeurs doivent savoir
Pour les entreprises, le respect des échéances de versement des cotisations Agirc-Arrco reste une obligation stricte. Les employeurs qui versent leurs cotisations en retard s’exposent à des majorations, dont le taux est fixé chaque année par la commission paritaire du régime.
En 2026, ce taux de majoration s’établit à 2,53 % par mois de retard, selon une décision du 11 décembre 2025. Cette majoration s’applique à chaque échéance en retard, quelle que soit sa durée, et peut s’accumuler sur plusieurs mois consécutifs si la situation n’est pas régularisée rapidement. Un seuil plancher s’applique également lorsque le calcul proportionnel aboutit à un montant inférieur à ce minimum, ce qui signifie que même un retard modeste génère systématiquement une pénalité non négligeable.
Cette rigueur dans la gestion des charges sociales rejoint les enjeux plus larges de gestion financière abordés pour les entreprises, où le respect des échéances reste un facteur clé de la santé financière globale d’une structure.
Questions fréquentes
Quelle est la valeur du point Agirc-Arrco en 2026 ?
1,4386 €, une valeur gelée depuis le 1er novembre 2024 et maintenue jusqu’au 31 octobre 2026, sans revalorisation cette année.
Le malus de 10 % existe-t-il toujours en 2026 ?
Non. Il a été définitivement supprimé depuis avril 2024, avec l’ensemble du système de bonus-malus associé. Cette suppression n’est pas rétroactive pour les retraités déjà pénalisés par le passé.
Pourquoi je cotise plus que ce que je gagne en points ?
En raison du taux d’appel de 127 %, qui majore les cotisations contractuelles. Seule la part correspondant au taux contractuel génère réellement des points, le surplus finançant l’équilibre global du régime.
Comment savoir combien de points j’ai accumulés ?
En consultant votre relevé de carrière individuel sur le site officiel de l’Agirc-Arrco ou sur info-retraite.fr, qui centralise l’ensemble de vos droits acquis, tous régimes confondus.
Quelle part de ma retraite totale représente l’Agirc-Arrco ?
En moyenne entre 30 % et 40 % de la pension totale pour un salarié du secteur privé, ce qui en fait un élément déterminant du niveau de vie à la retraite.
Conclusion
L’Agirc-Arrco traverse en 2026 une année particulière, marquée par le tout premier gel de la valeur du point depuis la fusion de 2019, fixée à 1,4386 € jusqu’en novembre. La suppression définitive du malus de 10 % simplifie par ailleurs les stratégies de départ à la retraite pour les nouveaux liquidants. Comprendre le mécanisme du taux d’appel à 127 %, vérifier régulièrement son relevé de points et anticiper les leviers d’optimisation disponibles restent les meilleurs réflexes pour sécuriser le montant réel de sa future pension complémentaire, qui représente à elle seule jusqu’à 40 % du revenu total à la retraite.
