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Dans notre société et dans les entreprises, on ne parle plus de rhétorique ou de l’art du langage. Seuls quelques rares individus l’utilisent sciemment. Les salariés, quels qu’ils soient, sont guidés par une direction dans un sens ou un autre, qui satisfasse l’orientation et la politique de l’entreprise. Certains salariés s’y laissent prendre ; d’autres, au contraire, se sentent invités fortement à suivre un sens qui ne leur plaît guère et, pourtant, la peur de devenir les prochaines « victimes », les empêche souvent d’exprimer leur mécontentement, voire leur réprobation.
L’art de la rhétorique consiste à persuader, à convaincre, à emmener notre ou nos interlocuteur(s) là où nous le souhaitons, tout en ne permettant pas qu’il(s) se rende (nt) compte de notre invitation implicite à penser ou bien à faire telle ou telle chose.
Cet outil est loin d’être neutre, puisqu’il pose la question morale du libre arbitre, nous n’aborderons pas ce sujet, ici. Il peut permettre de faire le bien et d’élever peu à peu le langage, la communication vers la confiance réciproque, comme il peut, peu à peu, détruire le langage, la communication par l’émergence du doute, de la division et d’une perte de confiance exacerbée : c’est ce qui est malheureusement le plus répandu de nos jours… Comment être en confiance lorsque la parole donnée est truquée ? Il s’ensuit une perte de la valeur des mots, de toute forme de communication et du langage. Celui-ci perverti, il ne peut construire, mais il détruit. C’est anthropologique !
Une parole donnée pénètre dans le conscient et l’inconscient de l’individu qui intègre un comportement constructif, si la valeur du langage est saine. En revanche, il optera pour un comportement destructif ou rebelle, si l’individu, avec le temps, se rend compte du malaise et de la perte de valeur du langage, de la puissance des mots qui l’ont orienté jusqu’ici à faire confiance, alors qu’il a été trompé.
Il est important de préciser la richesse étymologique du mot « parole » en hébreu. « Dabar » signifie la parole événement ce qui implique une forme d’événement à chaque parole. La forme du langage sous-entend une réalité.
Pour l’homme particulièrement déçu, voire blessé, les conséquences peuvent être difficiles à gérer pour lui-même et a posteriori pour l’entreprise. Il faut intégrer le langage comme l’un des éléments capitaux de la vie en entreprise. Malheureusement trop négligée, pourtant, l’attention portée à celui-ci permettrait la construction d’une réelle entité humaine, d’une équipe travaillant en commun dans un même but et ou chacun dans son individualité serait respecté. Le peu de crédit qu’on donne au langage engendre inévitablement la perte de confiance en son entreprise, en ses responsables, en son patron avec pour conséquences une baisse de travail, un manque de motivation, une augmentation d’arrêts maladie, une ambiance de travail exécrable…
La confiance dans une équipe de travail, à quelque niveau que ce soit, est capitale. Celle-ci permet l’intégration et un mieux être qui entraîne un travail soutenu lié à une plus forte motivation. Nous retrouvons ici l’une des bases de l’anthropologie à travers le langage.
Il est important de connaître et de pouvoir mesurer la puissance des mots et de leur taux de persuasion. Pour cela, il faut impérativement bien maîtriser sa parole via la rhétorique qui permet d’analyser le taux de persuasion de l’interlocuteur (du salarié) et par le procédé de la rhétorique et par la connaissance de ce dernier, nous l’invitons à nous démontrer pragmatiquement ce que nous souhaitons savoir :
Sa personnalité
Sa valeur ajoutée
Son potentiel
Son fonctionnement, sa logique
Ses forces, ses faiblesses
Son état d’esprit
Ses réelles compétences
Ses réelles motivations
La connaissance est le moyen par excellence qui permet d’asseoir une autorité et d’agir à sa guise, en affirmant son « territoire », sa politique, sa force. Ne dit-on pas que : « L’ignorance est le mets des faibles ». Une telle vision peut paraître détestable et, pourtant, il en est ainsi ! Le néomanagement utilise la rhétorique à outrance, et il a porté ses fruits. Les salariés « trop humains » sont désorientés mais les plus cyniques, eux, s’épanouissent.
Si nous connaissons l’individu qui menace notre activité, notre politique, s’il nous contrarie dans nos plans justes ou moins justes (nous n’impliquons pas la dimension morale ici) nous allons essayer de l’orienter, de le persuader autrement. Si cela ne suffit pas, nous allons utiliser notre connaissance de sa personnalité (ses points faibles ; sa vulnérabilité ; sa susceptibilité…) pour l’incliner à commettre des erreurs qui nous fourniront le prétexte de nous en séparer et/ou de faire triompher notre vision. Cette manipulation est très courante au sein des entreprises et il suffit de travailler, d’interviewer les « rescapés » ou les « victimes » qui ont été confrontés à ce genre de malaise humain, directement ou indirectement, et pourquoi pas, de se rendre aux prud’hommes, pour constater que les mots quelquefois « tuent » et ont un impact considérable sur les consciences humaines et psychologiques. La parole est une arme. Mais elle peut-être aussi, un outil de connaissance, de compréhension et de reconnaissance mutuelle. Pour éviter tout malentendu, il est vivement souhaitable de bien utiliser sa propre langue et de comprendre comment les autres l’utilisent.
1.2. La méthodologie de la rhétorique
Elle consiste tout d’abord, à écouter avec grande attention les réponses de notre interlocuteur à nos questions, tout en analysant sa façon de s’exprimer, en somme, son « style ». Nous décortiquons le champ lexical et métaphorique de son vocabulaire. Nous retenons tous les mots clés ceux qui font « saillir » l’identité.
Le fait de retenir ces mots, permet de rebondir sur son discours, de poser des questions qui feront apparaître toutes les contradictions et les hésitations du salarié et permettront, surtout, de faire sauter la « langue de bois » dont il ne manquera pas d’user. L’échange peut se dérouler officiellement lors d’un entretien ou officieusement dans l’entreprise, près de la machine à café, par exemple. Les questions peuvent permettre de faire sortir le salarié des « sentiers battus », et d’évaluer sa maîtrise de lui-même et de ses émotions. Est-il capable de s’adapter ? A-t-il une personnalité résistante, authentique, derrière le vernis préfabriqué de l’échange en entreprise ? La rhétorique ne doit pas être utilisée à des fins de manipulation, mais à seule fin de mieux connaître autrui, de manière à lui procurer le poste où il fera le mieux faire fructifier ses talents au service de l’entreprise. La rhétorique suppose une éthique !
La rhétorique permet de dévoiler certains sens cachés dans les propos du salarié et d’approfondir son discours. Il faut partir du principe que les mots débordent le sens que nous leur prêtons. C’est, souvent, une part cachée de nous-mêmes qui s’y exprime, ce que Freud a nommé l’inconscient. Les mots dévoilent une part secrète de nous-mêmes.
C’est pourquoi :
1- Il faut susciter l’implication du salarié dans le dialogue, pour mieux le connaître et mieux cerner sa personnalité, ses réactions ; le salarié devient, alors, notre « interlocuteur ».
2- Il faut retenir les mots qu’il utilise et qui l’engagent particulièrement, afin de rebondir sur une contradiction, vérifier ses dires par les mots ou les images (métaphores / comparaisons) qu’il a employés, les tournures de phrases répétitives dont il use, l’usage de certaines figures de style, inconscientes ou non de sa part, lui demander de les justifier ou de les nuancer…
Il s’agit d’examiner sa parole par le biais de son discours afin de mieux pénétrer sa façon de penser, de s’exprimer, en somme, afin de mieux cerner sa personnalité.
1.3 L’atout fondamental de cette méthode est la connaissance
- Connaître : sa personnalité, ses compétences et ses motivations.
Afin d’évaluer un salarié pour tel ou tel objectif, il est impératif d’obtenir le maximum d’informations pragmatiques sur lui en rebondissant sur les propos du salarié à l’aide des outils de la rhétorique : Questions oratoires, syllogisme, antithèse, anaphore…
On exploitera sa parole, il faut rebondir sur les éléments saillants de son discours. Il est important de retenir les phrases, voire, si possible, les noter pour ne rien omettre, les mots et groupes de mots utiles, leurs connotations culturelles ou personnelles pour y revenir par le biais de questions qui forceront le salarié à se dévoiler, lorsque celui-ci verra sa parole, en quelque sorte, passée au crible. La parole, c’est l’homme. L’homme est l’être de langage. Et parler, c’est se dévoiler. Faut-il encore le savoir.
1.4 La rhétorique est une analyse rationnelle
Cette méthode permet de présenter notre point de vue au responsable, en nous appuyant sur du concret et non sur l’intuition ni sur l’émotion. Ceci nous permet de crédibiliser ce point de vue et, s’il est contesté, de pouvoir négocier sur des éléments pragmatiques et rationnels.
L’intuition précède le fait ! Elle est utile : Les premiers sentiments peuvent s’avérer fondés. Cependant à aucun moment, nous ne pouvons nous appuyer sur une certitude, en nous fondant sur notre intuition, c’est trop approximatif. L’intuition comporte une marge d’erreur trop importante. L’usage de notre raison, dont relève la pratique de la rhétorique, doit nous servir à confirmer ou à infirmer notre intuition sur le salarié avec qui nous avons établi un dialogue, devenu par là-même, notre « interlocuteur ». Eprouver cette intuition par des questions pertinentes empruntées au domaine de la rhétorique nous aidera à nous forger un jugement plus rationnel sur le salarié en question.
En revanche, l’intuition invite à la déduction. Il s’agit de passer du général au particulier, de la connaissance de la langue à la connaissance d’un individu. La déduction est vérifiée par ce qui est décrit ci-dessus.
Cette méthodologie minutieusement détaillée, reflète une façon de penser bien réelle. D’autre part, nombreux sont ceux, dans notre entourage, qui ont vécu directement ou indirectement ce processus, afin de satisfaire certaines ambitions, réaliser des objectifs financiers, sans respecter « x », persuader, manipuler, afin de diviser pour mieux régner, ou évincer une personne gênante, qui en sait trop… C’est ainsi que prend forme le néomanagement !
Bien des employeurs, à un certain niveau d’études, connaissent les finesses du langage et maîtrisent, plus ou moins bien la langue de bois, devant laquelle on peut se trouver impuissant ou « désarmé ». C’est pourquoi, il faut veiller à ne pas faire de la parole maîtrisée un instrument de pouvoir, de manipulation et de domination. La rhétorique suppose une éthique, sans quoi elle devient une technique de manipulation.
Tout principe humain universel est alors remis en cause, les codes du langage sont faussés, la confiance n’est plus qu’un vain mot. D’ailleurs beaucoup de mots dans l’entreprise reflètent une autre réalité connue en général, voire vidée de son essence, le mot en question ne signifie rien pour celui qui le prononce. En revanche, celui qui le reçoit à travers nos codes universels le reçoit comme tout un chacun. Cette perte de sens, des mots, des valeurs humaines… est la cause du désordre qui se manifeste de plus en plus au sein des entreprises, comme l’expriment les nouvelles mentalités, les nouveaux comportements cités ci-avant. Il s’agit d’une réalité qui peut devenir de plus en plus amère pour la société. Et cela déstabilise le travail, le goût du travail, car le désordre accumulé crée, à long terme, l’implosion d’un groupe, d’une entité quelconque, d’une entreprise, d’une société. La nature a horreur du vide, c’est bien connu, mais, également, du désordre. Car tout principe en puissance dans la nature, dans son acheminement est en ordre. La mise en place de lettres les unes à côté des autres crée des mots, des phrases et donne un sens logique à notre entendement. Pour la musique, il en va de même. Les œuvres d’art, telles que les fit Mozart, sont des chefs-d’œuvre, parce que les notes de musique ordonnées de telle façon produisent une harmonie lyrique délectable à l’ouïe de tout esprit humain. L’inverse crée des musiques insupportables.
Certaines personnes ont connu des difficultés similaires, reproduisant ce schéma. Confiants, désirant s’investir pour l’entreprise à laquelle ils appartenaient, ils n’ont compté ni le temps ni les efforts à fournir, ils se sont laissé guider dans une organisation, en s’investissant pleinement dans leur travail. Ils croyaient aux dires de leurs supérieurs relatifs à des modifications de planning, des formations, à une évolution de poste et salariale…, tout en gardant leur personnalité, leur intégrité et leur intelligence. Très vite, ils ont été confrontés à la trahison mise à nu par la parole engendrant une perte de confiance. Certains ont vécu l’enfermement jusqu’à être licenciés, quelques-uns ont démissionné, enfin un petit nombre est resté à leur poste, malgré la difficulté de l’environnement du travail. De nos jours, on parle beaucoup d’environnement pollué, n’est-il pas le reflet de l’état intrinsèque de l’Homme, un effet boomerang ? L’âge en est la principale raison… Il est important de connaître la rhétorique pour lutter contre le sophisme, déceler le vrai du faux langage, pour ne pas être déçu et pouvoir utiliser les mêmes outils que ceux qui nous emploient.
Dans le contexte que nous venons de développer, la rhétorique est une valeur à jeter, car mal utilisée en somme, dévoyée. En revanche, bien utilisée, par exemple, au cours du recrutement, elle aide à vérifier si le candidat à l’entreprise a une vraie personnalité, et laquelle elle est, si le candidat est authentiquement investi, si c’est lui qui parle et s’il ne récite pas les idées reçues d’une leçon bien apprise.
C’est le même principe, la même méthodologie que ci-après adaptée dans le contexte du recrutement, il est très utile de pouvoir recruter un candidat sur des éléments factuels et non sur des émotions, de pouvoir démontrer le bien-fondé du recrutement ; ne se fonder que sur des arguments pragmatiques est un véritable confort, même si, au départ, l’outil de la rhétorique est à apprivoiser, avec le temps pour en acquérir la véritable maîtrise.
Mais elle est aussi utile pour connaître le personnel, afin de redonner toute la dimension de l’Homme au sein d’une entreprise pour l’élever et lui confier des postes qui lui seraient plus adaptés pour un épanouissement professionnel et personnel qui lui apporterait un dynamisme et une motivation renouvelée. Dans ces cas précis, la rhétorique devient une réelle valeur ajoutée et elle invite à une véritable performance humaine.
Pour terminer, il serait vain de prétendre que les chefs d’entreprise et les cadres supérieurs ne maîtrisent pas les outils rhétoriques. Ils bénéficient tous, à un degré divers, de formation continue et de stage, liés aux techniques de communication orale et écrite. Il n’est pas rare, même, que les élèves des grandes écoles, telles que les Ponts et chaussées, bénéficient d’une formation supplémentaire dite de communication écrite et orale, destinée à parfaire leur connaissance souvent naïve ou encore approximative, du langage. On leur apprend à s’imposer en cas de conflit. Tout homme un peu cultivé sait poser un mot sur les tournures qu’il emploie.
Gaëtan Poisson
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