L’Institut de l’entreprise prône une « flexibilité responsable »
et mise sur l’employabilité pour sécuriser les parcours professionnels
Rapport de Charles de Froment pour l’Institut de l’entreprise (décembre 2011)
Flexibilité responsable, dépasser le dualisme du marché du travail
Le développement de la flexibilité de l’emploi offre aujourd’hui aux entreprises la souplesse indispensable pour affronter un environnement instable et devient un véritable vecteur de compétitivité. Il faut abandonner une vision « honteuse » de la flexibilité pour l’aborder de façon pragmatique, accepter ce fait économique et social afin de mieux l’aménager. Pourtant, si la flexibilité est nécessaire, toutes ses formes ne se valent pas selon le diagnostic détaillé par Charles de Froment, auteur du rapport et spécialiste de l’histoire des formes d’emploi dites « précaires ». Il énonce les fondamentaux de la « flexibilité responsable », solutions alternatives visant à combiner la flexibilité de l’emploi avec des formes de protection adaptées et plus équitables. La question de l’employabilité s’installe au cœur du processus afin de sécuriser les parcours professionnels des salariés flexibles sur le long terme.
Une flexibilité de l’emploi aujourd’hui nécessaire
« La crise actuelle accroît les besoins en flexibilité des entreprises. Préserver les emplois d’aujourd’hui et créer ceux de demain suppose de rendre notre marché du travail toujours plus agile et réactif », indiquent Xavier Huillard et Françoise Gri dans l’avant-propos du rapport de l’Institut de l’entreprise. Il ne s’agit en aucun cas de faire l’apologie de la flexibilité de l’emploi, mais seulement d’établir un fait, abandonner une vision « honteuse » de cette réalité pour adopter une démarche positive, qui reconnaît le phénomène pour mieux l’encadrer et poser les jalons d’une « flexibilité responsable ».
Flexibilité responsable : les propositions de l’Institut de l’entreprise
Favoriser un meilleur équilibre entre flexibilité interne et flexibilité externe
Une gestion responsable de la flexibilité passe d’abord par une meilleure anticipation des besoins de la part de l’entreprise, qui peut permettre de diminuer un recours souvent routinier aux formes particulières d’emploi (FPE) ou à la sous-traitance, en développant davantage les formes internes de flexibilité (chômage partiel, plus grande flexibilité des horaires, etc.).
Une partie des solutions est de nature juridique : textes de loi et jurisprudence doivent évoluer pour donner plus de marge de manœuvre aux partenaires sociaux. Mais cette évolution ne peut avoir lieu par une simple amélioration du cadre juridique. L’exemple de la réorganisation de la Poste, développé dans le rapport, constitue un excellent exemple de la manière dont des innovations managériales, prenant en considération l’ensemble des parties prenantes, peuvent considérablement améliorer l’efficacité sociale et économique des politiques de flexibilité des entreprises.
Promouvoir une flexibilité externe qui garantisse les conditions de travail et l’employabilité à long terme des salariés
Pour l’essentiel, les contrats courts actuels sont indispensables car ils correspondent à des besoins de nature temporaire et on ne peut pas leur substituer des CDI « classiques ». Il s’agit donc d’établir, dans un deuxième temps, les conditions d’une flexibilité soutenable pour ces salariés.
La formation continue se trouve au centre des réflexions. Les emplois flexibles doivent constituer une étape dans un parcours professionnel choisi et non subi, et s’accompagner de réelles possibilités de formation professionnelle. Le rapport de l’Institut de l’entreprise souligne en particulier, l’urgence de concentrer l’obligation légale de formation sur les salariés les moins qualifiés. En particulier, le développement de compétences transversales, adaptées aux besoins des bassins d’emploi, doit permettre d’augmenter l’employabilité et l’intensité d’emploi des salariés les plus fragiles. Il s’agit de sécuriser les parcours professionnels sur le long terme.
Par ailleurs, la protection contre les maladies professionnelles et les accidents du travail, l’amélioration des conditions de travail doivent constituer des chantiers prioritaires. Ce rapport avance quelques propositions dans ce domaine : la mise en place d’un indicateur unique d’accident du travail, incluant CDI et intérimaires (comme chez Vinci ou Rhodia) ; la publication, dans le bilan social, des taux d’accident du travail des principaux sous-traitants. En outre, améliorer la qualité de l’emploi des salariés en emplois flexibles ou de la sous-traitance suppose aussi d’introduire des clauses sociales dans les contrats de fourniture de main-d'œuvre et d’associer systématiquement la fonction RH à la négociation des contrats de sous-traitance et de travail temporaire. Ces derniers sont aujourd'hui gérés dans les grandes entreprises par les achats.
Un « compromis de flexibilité » à la française qui pénalise les salariés les plus fragiles
Le « compromis de flexibilité » établi en France depuis de nombreuses années tend à faire peser sur une catégorie limitée de salariés (en CDD, intérim, stages, mais aussi en CDI à temps partiel « subi » ou dans de longues chaînes de sous-traitance), une grande partie des risques (perte d’emplois, moindre accès à la formation, etc.). Dans le même temps, ceux qu’on appelle parfois les « insiders », fonctionnaires, CDI de grandes entreprises notamment, souffrent assez peu des conséquences de ce développement des besoins en flexibilité. L’expression de « dualisme du marché du travail » rend compte de cette segmentation du marché du travail en deux parties relativement étanches.
Une telle équation n’est pas tenable sur le long terme car elle conduit, particulièrement en période de crise, à fragiliser les mêmes catégories de personnes (jeunes, salariés peu qualifiés) et met ainsi gravement en péril notre pacte social.
A propos de l’Institut de l’entreprise
Créé en 1975, l’Institut de l’entreprise est un think tank indépendant de tout mandat syndical ou politique. Profondément ancré dans la réalité économique, il concentre sa réflexion sur la relation entre l’entreprise et son environnement et met à contribution un vaste réseau d’experts pour réaliser ses études. également lieu de rencontres et pôle de formation, l’Institut développe une vision de l’entreprise ouverte sur le monde et sur la société. Pour en savoir plus : www.institut-entreprise.fr et www.debateco.fr
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