Un article précédent, en abordant le crédit et le procès d'intention, ouvrait la question des représentations que chacun entretient vis-à-vis des autres et des comportements que ces représentations tendent à générer. Si l'on creuse plus avant et que l'on s'intéresse aux relations interpersonnelles, une fois nouées, apparaît ce que la sociodynamique nomme le "jeu".
Le jeu, c'est l'action dans la relation, l'énergie que j'investis à faire aboutir mon projet personnel, ma tension intime, potentiellement dans le cadre d'un projet commun avec autrui (l'entreprise, ou plus modestement le collectif de travail). On parle ainsi de jeu personnel et de jeu commun.
Le jeu personnel se caractérise par la primeur de l'objectif, du gain, individuel. L'autre n'en est pas nécessairement exclu, il lui est accessoire. Un projet personnel peut donc se réaliser avec, sans, voire malgré l'autre (si son projet concurrence le mien). Le jeu commun se caractérise à l'inverse par la recherche, d'emblée, d'un équilibre de gains, d'une synergie dans les objectifs.
Les deux notions ne sont pas mutuellement exclusives, pas plus qu'elles ne figurent le "bien" ou le "mal". Elles représentent simplement deux manières d'être dans l'environnement professionnel. Elles se nourrissent d'ailleurs souvent l'une de l'autre : pour que de la synergie puisse s'exprimer dans le cadre d'un jeu commun (agir ensemble dans le même sens), encore faut-il que chacun ait préalablement affiché son jeu personnel, son but, son objectif. Une certaine dose de jeu personnel est donc nécessaire. Il positionne, il enrichit le projet.
La synchronisation avec le projet de l'autre est ensuite une question de circonstances autant que de choix. Si nos projets partagent des "latéralités", c'est-à-dire des objectifs communs, il devient possible d'entrer dans une relation de jeu commun, faite de coopération. Pour autant, par tempérament ou par tactique, je peux choisir de rester en jeu personnel, fait d'indépendance voire de concurrence. Attention alors aux conséquences de ce choix : mon indépendance se paiera en moindre nombre d'alliés pour relayer mon action.
Ainsi, dans la relation, ce qui compte c'est de faire s'exprimer d'abord les jeux personnels, pour bien comprendre les objectifs des uns et des autres, puis de construire en position de jeu commun en tenant compte de chacun. La garantie d'une relation de qualité passe par le respect de ces étapes. Cela évite toutes déconvenues entre les acteurs sur le champ des possibles et permet de préciser les contours du projet commun.
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