L’information est une notion qui prend une importance centrale qui prend un relief particulier avec le succès de ce que Pierre Dreyfus a appelé l’informatique (l’information et l’électronique).L’information est partout. On pourrait rappeler l’évaluation de The economist : la planète produirait en 2011 1200 Eo (Exaoctets) de données. C’est gigantesque, même trop. La planète serait malade de son information. Mais que recouvre exactement le terme d’information ? C’est ce que nous allons voir en reprenant la chaîne du savoir : données, informations, connaissances et savoirs.
La chaîne du savoir est un peu comme l’histoire d’un homme qui chercherait ses clés sous un réverbère éclairé, un passant l’interroge en lui demandant si effectivement c’est là qu’il a perdu ses clés et l’homme répond : « absolument pas, mais là-bas il n’y a pas de lumière et c’est pourquoi je préfère les chercher ici ». Il ne faut pas confondre la carte et le territoire, la carte sert à nous orienter mais elle n’est qu’une pale représentation de ce qu’est le territoire. La chaîne du savoir est de la même dimension.
Le monde serait composé d’une myriade de données : des lettres, des chiffres, des octets, des pictogrammes, des mots… Christine Afriat et Pierre Caspar estime, en 1988, que la langue française serait composée de 60 000 mots, il s’agit de données. Dire 17 est une donnée, dans le sens où elle n’a pas de sens, ajouter qu’il fait 17° aujourd’hui, le 17 devient une information. Sur les 60 000 mots, les français ne donnent du sens en moyenne qu’à 6 000 mots utilisées qui deviennent des informations. La donnée est en quelque sorte une information sans sens. Mais il ne s’agit pas pour autant de dire qu’une donnée soit neutre. Le faite de codifier le monde en octets binaires par exemple est loin d’être neutre dans son impact. Que faire de ce qui n’est pas codifiable ? Il s’agit donc d’un choix de cartes au détriment du territoire. La contrepartie c’est que ce choix permet l’émergence de l’information.
L’information est donc une donnée intelligible, c’est-à-dire dont on comprend le sens. L’information a une vocation à la transmission, et donc, on pourrait dire que l’information est une communication de données, là encore un choix de cartes qui réduit l’espace des possibles, toute les données ne sont pas communicantes. L’information favorise la capitalisation qui est la connaissance. Kenneth Boulding (1988) disait « l’information est à la connaissance ce que le revenu est au capital ». On peut rajouter à l’instar de Marshall McLuhan que « le message est le média » (1964) et qu’aujourd’hui avec le changement de support, on arrive forcément un changement du contenu de l’information. Voilà de quoi nourrir notre chaine du savoir.
La connaissance est la somme des informations, selon une cohérence qui est propre à chaque individu. Ce stock d’informations permet une mise en forme des données. On peut à ce titre parler de la poésie de la connaissance de chacun. Le savoir est enfin la somme des connaissances, autrement dit une connaissance socialisée, institutionnalisée au sein des paradigmes dominants pour reprendre l’expression de Thomas Khun.
La chaîne de savoir est linéaire pour des raisons pédagogiques, assurément des boucles récursives existent. Que ce soit le savoir ou la connaissance, ils aident à sélectionner l’information, et pareil pour le reste. Tout ceci pour dire qu’on ne saurait faire l’économie d’une épistémologie de l’information et de reprendre le mot d’Edgar Morin, il ne s’agit que de « construction de l’esprit » pour nous aider à comprendre le monde à côté de notre réverbère.
Stéphane DIEBOLD, TEMNA
Sèvres, le 16 août 2011, Les gros mots de la formation, publié par IndiceRH
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