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Employeurs, salariés, contrôlez vos bulletins de paie !

mars 29, 2012 par stephan1104

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Par Nadine REGNIER ROUET, Avocat au Barreau de Paris, spécialisé en droit du travail

La règle est simple : les mentions qui figurent sur les bulletins de paie remis par l’employeur à son salarié sont présumées refléter la réalité de la relation de travail.
L’employeur est donc tenu par les mentions portées sur les bulletins de paie remis à son salarié… y compris si les bulletins ont été établis par un prestataire extérieur chargé de la paie, sauf s’il rapporte la preuve contraire.

Cette présomption a été rappelée par la Cour de cassation le 21 septembre 2011 (arrêt n°09-72054) à propos d’une mention de reprise d’ancienneté indiquée sur des bulletins de paie… mention absente du contrat de travail signé par le salarié et l’employeur.


Les faits

 


Un salarié « gardien / employé de maison » dans les mêmes locaux travaille pour deux employeurs qui possèdent successivement ces locaux : d’abord d’octobre 1989 à janvier 2001 puis, après avoir arrêté de travailler pendant 12 mois, de février 2002  jusqu’à son licenciement en avril 2007.
D’un côté, le contrat de travail signé en février 2002 ne contient aucune clause de reprise volontaire par le 2eme employeur de l’ancienneté acquise par le salarié au service du précédent employeur.
De l’autre côté, les 63 bulletins de paie remis par le 2eme employeur au salarié portent comme date d’embauche « 23 février 2002 » et comme date d’ancienneté « 1er octobre 1989 ».
Après son licenciement, le salarié revendique du 2eme employeur le versement d’un complément d’indemnité de licenciement qui prend en compte l’ancienneté totale acquise depuis le « 1er octobre 1989 ». Il soutient que la mention d’ancienneté au 1er octobre 1989 sur ses bulletins de paie vaut engagement de reprise de son ancienneté.
La Cour d’appel refuse cette explication car son contrat de travail avec le 2eme employeur ne contient aucun engagement de reprise d’ancienneté. Autrement dit, seul le contrat de travail est retenu par les juges d’appel.


La décision de la Cour de cassation


La Cour de cassation désavoue les juges d’appel d’avoir uniquement examiné le contrat de travail. Elle explique :
« La date d’ancienneté figurant dans le bulletin de paie vaut présomption de reprise d’ancienneté sauf à l’employeur à rapporter la preuve contraire ;
La Cour d’appel n’a pas recherché comme il lui était demandé si des mentions figurant dans les bulletins de paie ne faisaient pas présumer l’ancienneté revendiquée par le salarié… »


La Cour d’appel


(1) aurait dû admettre que les bulletins de paie avaient créé une présomption de reprise d’ancienneté, telle que le revendiquait le salarié. Puis,
(2) elle aurait dû se tourner vers l’employeur pour lui demander de détruire cette présomption en apportant la « preuve contraire ».
Dans ce cas, selon nous, il s’agissait de la preuve qu’il avait convenu avec son salarié de ne pas reprendre son ancienneté acquise chez le premier employeur. L’employeur doit, en effet, apporter la preuve de l’étendue réelle de son engagement envers son salarié afin de convaincre les juges. Or, le contrat de travail signé avec le 2eme employeur ne mentionne pas de reprise d’ancienneté mais, pour autant, il ne précise pas non plus qu’il « ne reprend pas » l’ancienneté acquise par le salarié au service du premier employeur…


Conclusion et conseil RH


Voici une affaire dont le dénouement, devant la Cour d’Appel de renvoi, paraît très aléatoire pour l’employeur… et il est à la peine de devoir démontrer quel engagement il a réellement pris envers son salarié à cause de bulletins de paie, peut-être tout simplement mal rédigés.
D’où mon conseil de prudence : employeurs, soyez rigoureux dans les écrits remis à vos salariés et vérifiez-les, y compris les bulletins de paie établis en  sous-traitance par un tiers...
Nadine REGNIER ROUET
Avocat au Barreau de Paris spécialisé en droit du travail
Pour en savoir plus : www.n2r-avocats.com - Email : contact@n2r-avocats.com

 

Commentaires

Normal, non?

mars 30, 2012 par Anonyme, 1 an 7 semaines ago
Comment: 86

Bonjour,

Je suis gêné par la tonalité de votre conclusion.

Même si j'adhère complètement au conseil que vous donnez, dans ce cas précis je ne vois pas en quoi une bonne gestion du personnel devrait nécessairement s'opposer après coup à la reprise de l'ancienneté d'un salarié qui a travaillé successivement pour deux employeurs dans les mêmes locaux, tandis que ses fiches de paies le stipulent et que son employeur n'est pas en mesure d'apporter la preuve du contraire!?

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