Quelles raisons les salariés mettent-ils en avant pour expliquer leur refus, à un moment donné, de passer cadre ? Les chercheurs du centre associé du Céreq de Grenoble ont mené l'enquête dans le cadre de l'étude EPIE (enquête sur les professions intermédiaires en entreprise). Pilotée par le Céreq, cette enquête a permis de dresser un état des lieux de la situation et de la dynamique des professions intermédiaires en entreprise.
Environ la moitié des salariés non cadres du secteur privé ne souhaite pas passer cadre. Ce résultat, issu d'une enquête réalisée en 2009 par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), interroge sur les motivations des salariés. Dans le cadre de l'enquête Céreq, des monographies ont été réalisées pour chaque entreprise enquêtée : cette synthèse présente les principaux résultats issus de l'analyse des propos des salariés. Le souhait des salariés des professions intermédiaires de ne pas évoluer vers un nouveau statut s'exprime ainsi de deux manières différentes : certains sont satisfaits de leur poste actuel et n'envisagent pas de changement, «je me sens bien, je n'ai pas du tout envie de changer... »,d'autres affirment un refus de devenir cadre motivé par des raisons précises.
Le refus d'évoluer vers le statut cadre se fonde souvent sur les représentations que les professions intermédiaires se font du rôle et de l'activité des cadres, plus que sur une connaissance réelle du contenu de leur travail : « Je n'ai pas de visibilité de ce que font les cadres » explique ainsi un salarié.
Dans les propos des salariés, le statut cadre est souvent associé à une grande disponibilité, à de longues journées de travail. Les enquêtes Emploi de l'Insee montrent que ce sont les cadres qui ont la durée annuelle du travail la plus longue : 1 870 heures en moyenne contre 1 640 heures pour les professions intermédiaires et 1 610 pour les employés et ouvriers. Cependant, l'image du cadre qui ne compte pas ses heures et prêt à sacrifier sa vie privée pour son entreprise tend aujourd'hui à s'atténuer. Une étude réalisée en 2011 auprès de cadres montre en effet que ces derniers essaient de préserver l'espace et le temps de leur vie privée, et veillent à maintenir une frontière entre leur travail et leur vie personnelle. Nombre de salariés déclarent ainsi ne pas souhaiter s'investir davantage dans leur vie professionnelle afin de préserver leur vie hors travail : « J'ai une vie après le boulot ! ».
Être cadre ne représente pas pour tous les salariés une position envisageable ou même enviable. Des conditions de travail fragilisant l'équilibre des temps personnel et professionnel, l'abandon de ce qui fait le cœur du métier, l'intégration d'un groupe de salariés mal connu et parfois mal perçu... sont autant de facteurs justifiant les réticences de certaines professions intermédiaires. Ce positionnement des salariés, à un moment donné de leur parcours, est aussi à replacer dans le contexte de leur entreprise : on peut se demander si certains n'intériorisent pas l'absence réelle de possibilité de promotion.
Les Brefs du Céreq
Bulletin de recherche emploi-formation du Céreq
Bref n°298-2
Auteurs : Nathalie Bosse, avec la collaboration de Laurence Baraldi, William Cavestro et Christine Durieux
(CREG, centre associé au Céreq pour la région Rhône-Alpes)
La gestion des compétences - GPEC
Mobilité - Orientation - Tutorat - VAE et sécurisation des parcours professionnels
Les différentes générations au travail : seniors, quadras et jeunes