La notion de capacité est une notion ambiguë. Il existe quasiment autant de définitions qu’il existe d’auteurs. Revenons donc à l’étymologie qui nous propose comme définition la faculté de contenir. La capacité serait donc une aptitude à comprendre, étymologiquement prendre avec soi, pour en faire quelque chose. En formation, la capacité est identifiée avec le fameux « être capable de » nécessaire à la fin de chaque session. Il s’agit dans la plupart des cas d’une énumération du programme bien plus qu’une véritable capacité évaluée. Alors qu’en est-il réellement de cette notion qui sert de base à nos formations ?
La capacité est le potentiel que chaque individu peut réaliser dans l’exercice d’une activité professionnelle. Martin Heidegger disait « je suis une promesse de possibles ». La capacité est étymologiquement la virtualité des collaborateurs, chaque collaborateur portant germe un potentiel. Le travail sur les capacités consisterait alors à cartographier les aptitudes. C’est ce qu’on appelle le syndrome du thermomètre. Comment évaluer ? Il est parfois difficile de le faire tout particulièrement avec les capacités transversales comme l’analyse, l’observation, ou la classification, par exemple.
Il est intéressant de noter que la capacité est un potentiel qui ne doit pas rester inexploité. C’est le mythe du progrès, il faut agir et s’améliorer perpétuellement. La capacité n’a d’intérêt que quand elle est mise en œuvre. Étymologiquement mis en œuvre signifie motivation. La capacité n’a de sens que lorsqu’elle est adjointe à la motivation. Ainsi en va-t-il de la marche du progrès vers un idéal de perfectionnisme professionnel. C’est oublié aussi que l’évolution de la capacité se fait par les aléas de la vie professionnelle, cette poésie de la rencontre qui fait bifurquée nos capacités. Mais le paradigme de la capacité de ne se positionne pas à ce niveau-là. Il s’agit de donner la responsabilité de la capacité à l’individu et à sa capacité à choisir. Un collaborateur ne peut évidemment pas faire tous les métiers or, suivant son âge et le temps d’apprentissage tous les métiers sont possibles. Qu’est-ce qui fait la différence ? La motivation, la capacité à faire un choix. C’est ce que Soren Kierkegaard appelle « le baptême du choix ». Choisir c’est se limiter, essayer d’apprendre à renoncer à un potentiel qui nous était offert. Pour l’auteur, c’est ainsi que l’on construit une personnalité, en sortant de cette immaturité des potentiels pour entrer dans le monde de sa propre réalisation.
Ce paradigme était d’autant plus facile à tenir au XIXe siècle que l’environnement était suffisamment stable pour codifier des trajectoires professionnelles. Avec le monde de l’incertain, il est nécessaire d’amender le baptême du choix, a minima par le baptême du choix incertain, sinon par le baptême du projet. Au lieu de voir dans la capacité des aptitudes tellement générique qu’elles sortent du domaine de l’entreprise, on pourrait concevoir des aptitudes stimulées par la socialisation de l’entreprise. André Malraux disait « nous somme la somme de nos actes » et l’entreprise a la responsabilité de la validation de nos actes. L’entreprise peut alors théâtraliser l’action, le mouvement autour du projet, et motiver ainsi le développement conscient et inconscient des capacités. La capacité est une richesse qui n’est pas donnée mais qui est construite : peut-être une future capacité pour les entreprises de demain…
Stéphane DIEBOLD, TEMNA
Sèvres, 2011, Les gros mots de la formation, publié par IndiceRH
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